Saint-Eustache

Publié le par india

Dimanche en fin d'après-midi j'avais décidé de profiter du soleil, de me détendre un peu après ces derniers jours trépidants et l'église de Saint-Eustache, une des plus belles églises de Paris à mon avis, me semblait bien appropriée, ainsi que son parvis ensolleillé.

J'apprends qu'à l'intérieur c'est l'heure du concert d'orgue alors je m'y rends.
L'orgue s'exprime en profondeur et moi je vibre en même temps que lui. Je déambule en titubant, autant de fatigue que d'émotion.

Impression d'être portée soudain, d'une envolée me voici devant une oeuvre colorée.
Je n'en comprends pas le sens immédiatement mais sans méfiance, je me laisse guider par mes impressions.




UNE INSTALLATION DE LA VIERGE A L’ENFANT

Pierre et Gilles : portraitistes non élitistes

Pierre et Gilles ont pour particularité de réaliser une oeuvre en commun nourrie par leurs voyages, leurs rencontres, leur imaginaire et leur envie partagée de réaliser un portrait. Établis d’abord dans le Marais en 1976, ils se sont installés en 1991, en banlieue parisienne, au Pré-Saint-Gervais.


Le travail de Pierre et Gilles a pour point de départ l’empathie, le plus souvent l’affection, qu’ils éprouvent pour leur sujet. Qu’il s’agisse d’une célébrité ou d’un inconnu, chaque modèle fait l’objet d’une composition unique minutieusement préparée. Pierre et Gilles s’adressent au plus grand nombre en s’inspirant de l’imagerie pop, indienne mais aussi religieuse, connue de tous.

Pour permettre à Pierre et Gilles de réaliser leur projet, __Art contemporain à Saint-Eustache__ a proposé la chapelle latérale nord abritant les fonds baptismaux. En attente de rénovation, cette chapelle prête son emplacement à la présentation de cette installation, signalée comme un chantier, dont la préparation a débuté le 31 octobre dernier.

En participant à cet évènement majeur de la scène artistique « La Force de l’Art 02 », où se retrouvent les artistes qui marquent la recherche d’un art qui soit véritablement contemporain, dans ses expressions et dans sa visée, Saint-Eustache veut clairement manifester sa disponibilité.

À une époque où le religieux ne semble offrir que la caricature de lui-même, à un moment où le christianisme semble épuisé dans notre occident débordant de richesses et creusé d’incertitudes, dans une période où le catholicisme donne l’impression d’être uniquement arc-bouté sur des contenus figés, il nous semble essentiel de montrer comment nous partageons en réalité les joies et les espoirs, les angoisses et les tristesses, qui caractérisent toute existence humaine, aujourd’hui comme hier.

En effet, à l’intérieur de notre vie quotidienne de femmes et d’hommes de foi, d’espérance et d’amour, au milieu des questions écologiques ou économiques, sociales ou familiales, nous cherchons sans cesse tous les moyens d’exprimer et de mettre en oeuvre cette sourde palpitation qu’est la relation à Dieu. Cette alliance perpétuellement nouvelle qui éclaire notre existence, dans les joies comme dans les épreuves, nous pousse à servir l’humanité de l’homme, en particulier dans ses lieux de fragilité et donc de vérité.
Pour des raisons complexes, et pas seulement à cause des agitations médiatiques, cette vie secrète et palpitante apparaît moins que jamais. Au-delà de toute conviction personnelle, c’est justement la force des artistes authentiques de rendre palpable une aventure intérieure, qui est sans doute commune à toute l’humanité, mais qui pour nous prend corps et visage dans un Enfant présenté, et comme offert, par sa Mère, fille d’Israël. Il y a chez ceux qui portent ce beau nom d’artistes, et qui se consacrent à leur art, au point de renoncer à beaucoup et de traverser leur expérience intime avec suffisamment de détachement pour être capable de la rendre universelle, une capacité à expliciter les vrais moteurs de l’humanité, souvent réduits à la consommation. À Saint-Eustache, notre choix d’accueillir les formes les plus variées de l’art d’aujourd’hui vient de cette recherche permanente de donner corps à ce qui nous rassemble et à ce qui nous transcende.

Mais nous proposons un lieu exigeant à plusieurs titres. Non seulement l’espace et l’ampleur des oeuvres déjà présentes oblige à entrer en dialogue avec des formes majeures des traditions artistiques. Mais c’est surtout le dialogue nécessaire avec ce qu’il y a de plus haut dans l’humanité de l’homme et ce qu’il y a de plus divers dans la société, qui conduit les artistes sollicités à se dépasser.

Il faut en effet que la pertinence du lien entre la démarche artistique et ce dont le bâtiment est porteur apparaisse comme une évidence. Il faut que soient immédiatement sollicitées les capacités de l’homme de s’interroger sur l’essentiel et le supérieur. Il faut que les publics heureusement très divers qui entrent dans l’église, paroissiens et visiteurs, touristes et personnes de la rue, étudiants en école d’art et dévots de sainte Rita, personnes en recherche ou heureuses du calme et du silence, habitués des lieux et passagers éclairs de ce grand vaisseau, bref que toute cette humanité avide, joyeuse, inquiète ou fatiguée, comprenne immédiatement de quoi il s’agit dans cette oeuvre. Il faut qu’en étant compréhensible au plus large public, l’oeuvre soit en même temps suffisamment élaborée pour nourrir la réflexion de ceux qui sont prêts à entrer dans une démarche d’interrogation et même de subversion.

En recevant Pierre et Gilles dans une démarche qui semble nouvelle à l’intérieur même de leur histoire d’artistes, Saint- Eustache propose une oeuvre qui s’inscrit immédiatement dans l’église. Cette «Vierge à l’Enfant» va pourtant au-delà de la simple illustration, en interrogeant les différences religieuses, mais aussi les questions bien sensibles de la «diversité», qui sont familières au christianisme, né du métissage entre le monde sémitique et le monde gréco-romain et porteur d’un dépassement de toutes les frontières.

Que soient remerciées toutes les personnes qui ont rendu possible cette participation de Saint-Eustache à « La Force de l’Art 02 », non seulement les artistes et les organisateurs, mais aussi les autorités de la Ville de Paris, propriétaire de l’église, et les Monuments historiques, chargées de la conservation de ce bâtiment qui appartient à tous. Un grand merci aussi à toute l’équipe de « Art contemporain à Saint-Eustache » : grâce à eux, l’art demeure vif !
Luc FORESTIER, prêtre de l’Oratoire, curé de Saint-Eustache

 

Je remercie ce prêtre pour son esprit d'ouverture et son accueil artistiquement très intéressant.


Publié dans Art et nature

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P
Ah! L'orgue!
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I
<br /> L'orgue...avec sa multitude de timbres différents.<br /> Grave et pénétrant, masculin, clair et limpide, féminin.<br /> C'était magnifique<br /> :-)<br /> <br /> <br />