Oubli
Eh oui, j'ai oublié l'éphéméride du jour, accaparée par la soirée passée avec ma pauvresse que j'en ai oublié tout le reste.
Une soirée qui s'annonçait bonne sans la surprise du chef qu'elle m'avait réservé et qu'elle me présenta brutalement : je suis enceinte.
Un point, c'est tout. Pas d'autres explications. Du moins pas avant que je ne referme ma bouche qui s'était ouverte sans émettre le moindre son.
Si vous avez suivi un peu les histoires de la pauvresse (ici encore), vous comprendrez que sa vie est loin d'être un fleuve tranquille en matière sentimentale et que cet événement ne devait pas être de l'ordre d'un projet. Alors, un oubli ? Un accident technique ? Peu importe, je n'ai pas posé la question, l'état de ma pauvresse* n'appelait pas ce genre de réflexions dans l'instant.
La pauvresse est un peu plus âgée que moi, c'est une belle femme qui a toujours assumé seule sa vie. Elle a été mariée il y a longtemps à un homme alcoolique et qui est depuis, toujours dans ses limbes, absent totalement de toutes relations avec leur fils et elle.
Elle exerce un travail à responsabilités, qui lui permet surtout d'assurer seule toutes les factures à payer. Elle est peintre également, et expose régulièrement.
Elle a beaucoup d'humour, ne se plaint jamais. Mais avale pas mal de cachets.
Elle a des amants pour combler ses manques, qui sont nombreux. De confiance en elle en premier certainement. Cela doit remonter à son enfance...
La pauvresse et moi nous sommes rencontrées en Espagne il y a une dizaine d'années. Je sortais avec un musicien et elle avec un prof de gym pas très catholique. Nous avons deux fils du même âge et à l'époque ceci avait permis notre rencontre.
Puis nous sommes rentrées et avons continué à nous voir et notre relation s'est developpée jusqu'à devenir une réelle amitié.
Nous avons une compréhension mutuelle qui se passe souvent de mots même si nous agissons et avons des réactions différentes. Pour ma part j'estime ne plus avoir l'âge des fantasmes mais bien celles des réalités, de celles qui te font lacer tes baskets et fuir devant le moindre problème qui aggraverait ton cas.
Mes soucis je les veux petits et dans ces conditions, comme la plupart, je suis gâtée. Rien de facheux, jamais. Ou si peu. Une orchidée qui m'a été offerte m'a causé le plus gros problème de la semaine,,,comment vais-je la faire survivre ? Elie m'aidera au besoin, j'ai sa promesse. (ah non ? dis oui Elie...).
Oui, moi ça va, mais la pauvresse, pas trop.
Ni elle ni moi n'avons dû vivre une grossesse non désirée. Dans ces cas-là, seul ce qu'on ressent peut faire référence, ce qu'on sait n'a plus de poids, ce qu'on a entendu non plus. Que faire alors avec toutes nos idées d'avant ?
...
Elle a été occupée toute la semaine, à faire des examens et prévoir un avortement pour vendredi prochain car "tu comprends, ce n'est pas raisonnable, je n'ai plus l'âge, je serais probablement seule dans quelques mois et il n'en veut pas et mon nouveau poste de travail alors ? " mais en partant elle m'a dit : tu sais, je suis heureuse, je vais pouvoir le "sentir" jusqu'à vendredi.
C'est court...dis-lui au revoir, je crois que c'est important.
*elle se nomme, dérisoirement, ainsi elle-même